ES / EN / FR / DE
Facebook Twitter Youtube

Chaque année, ils sont une dizaine de jeunes artistes à quitter la France, pour venir se former en danse, chant et guitare flamenca à la Fondation Cristina Heeren, école internationale d’art flamenco de Séville. Si certains envisagent une carrière professionnelle, d’autres sont là pour s’accorder une année en Andalousie et y découvrir son art emblématique : le flamenco.

La ville s’éveille à peine lorsque Thelma, Paul, Florent et une dizaine d’autres élèves français de la Fondation Cristina Heeren d’Art Flamenco commencent leur cours de chant, danse ou guitare. Tous ont quitté leur région, aux quatre coins de la France pour venir s’installer en Andalousie, et se former à ‘l’art jondo’ aux côtés de grands artistes et maestros. 

Leur rencontre avec le flamenco s’est faite un peu par hasard. Un séjour en Andalousie, un spectacle ou encore un vieux disque de Paco de Lucía qui trainait dans l’armoire avec les autres albums familiaux. « Je me souviens avoir écouté l’album Siroco de Paco de Lucia » raconte Paul. « Je me disais que ce n’était pas possible de jouer comme ça avec une seule guitare. Au début, je trouvais ça bizarre, puis j’ai écouté, réécouté, et finalement ça m’a plu ». 

Pour d’autres, ce sont des origines espagnoles qui ont motivé leur voyage jusqu’ici, pour découvrir et mieux comprendre une partie de cette culture à travers cet art emblématique. 

Nandita et Paul, ont décidé de s’engager dans cette formation à la suite de leur première rencontre avec le flamenco lors d’un stage d’été en chant et en guitare. D’autres sont venus en couple pour s’accorder une année de musique et de danse à Séville et prendre le temps de se consacrer à leur passion commune. 

Pour Redoine, élève en deuxième année de guitare originaire de Paris, le flamenco est un nouvel univers. Guitariste de jazz manouche, il est revenu cette année à Séville, après être rentré une année en France. « J’avais besoin de me reposer pour poursuivre la formation car les années sont très intenses en guitare. Je suis rentré à Paris, j’ai continué à travailler sur mes projets de musique en ayant déjà en tête que je voulais revenir pour continuer ma formation à la Fondation ». 

De leur côté, Thelma et Salomé avaient commencé leurs études à Bordeaux et Valence, mais elles ont finalement décidé de partir pour se consacrer à une formation intensive en danse flamenca. Le programme pédagogique complet proposé par la Fondation Cristina Heeren correspond à leurs attentes. « Au-début c’était difficile physiquement mais on a rapidement pris le rythme. On adore l’ambiance ici. Ce qui est bien c’est la diversité et la complémentarité de l’équipe d’enseignants. Ils ont chacun leur style mais nous apportent des choses différentes ». 

 

 

Le travail à la Fondation est très intense et requiert une grande discipline, quel que soit le cursus choisi.  Paul résume : « En flamenco, dès que tu pousses une porte, il y en a dix nouvelles autres qui s’ouvrent ». Ici, leur vie s’articule autour de l’art. La formation comporte six heures de cours de pratique et de théorie par jour, du lundi au vendredi. Depuis l’arrivée de la nouvelle directrice académique, Pepa Sánchez, les cours de technique, de chorégraphie, d’accompagnement du chant et de la danse, de tablao et d’histoire du flamenco ont été complétés par de nouveaux enseignements facultatifs comme l’espagnol pour les étrangers, le langage musical ou l’harmonie. Lorsqu’ils quittent les locaux de la Fondation, les élèves passent le reste de la journée à s’exercer pour le lendemain dans un studio de répétition qu’ils louent à plusieurs dans le quartier de Triana. Le soir, ils récupèrent ou se retrouvent dans les nombreux tablaos et bars de la ville qui proposent du flamenco « en directo ». 

Dans cette région d’Espagne, il est aisé de trouver un professeur pour des cours particuliers. Mais l’offre de formation de la Fondation Cristina Heeren est unique en son genre car elle propose une formation professionnalisante complète dans les trois disciplines de chant, guitare et danse en intégrant l’interdisciplinarité. « Dans le flamenco, la rencontre entre le chant, la guitare et la danse est essentielle. Je dirais même qu’elle est évidente », confie Florent, chanteur. Pour répondre à cette exigence, le programme d’étude de l’école prévoit des cours de chant d’accompagnement durant lesquels les étudiants chanteurs et guitaristes accompagnent les danseurs pour se familiariser avec la dynamique des « tablaos ».« Ici il y a vraiment la volonté de croiser les disciplines. En France, les projets interdisciplinaires sont souvent montés à la va-vite, sans vraie recherche de dialogue ».

 

 

La Fondation permet à des étudiants venus du monde entier d’appréhender et de se former aux techniques flamencas. Cette année, ils ne représentent pas moins de 26 nationalités différentes. Pour Florent, cette diversité est une richesse. Il souligne : « Le flamenco est notre point commun à tous, et nous permet de nous comprendre quel que soit notre âge et notre nationalité ». La Fondation Cristina Heeren contribue à défaire le mythe du flamenco inaccessible pour un non natif et permet depuis maintenant vingt ans de disséminer les graines du flamenco au-delà des frontières. Que de jeunes artistes français intègrent la Fondation Cristina Heeren n’est pas chose nouvelle. En effet, sur les trois dernières années, une trentaine d’artistes français ont suivi la formation annuelle, ce qui fait de la France, le deuxième pays le plus représenté après l’Espagne. Parmi eux, certains mènent actuellement une carrière professionnelle en France et à l’étranger. On peut citer les guitaristes Guillermo Guillén ou et El Mati ainsi que les danseuses Léa Llinares et Caroline Duyck Pastor.

Le printemps arrive en Andalousie et pour, les élèves, il est déjà temps de penser à la suite. Certains vont rentrer en France, continuer à jouer et danser pour le plaisir,  d’autres souhaitent « aflamencar » leur pratique dans un autre style en y incorporant leurs acquis en flamenco. L’idée de poursuivre une carrière professionnelle est séduisante pour les élèves de la Fondation qui pour la plupart sont déjà membres de groupes de musique ou d’associations de flamenco en France. 

Après leurs vacances, ils sont nombreux à envisager un futur à Séville pour continuer la formation ou tout simplement rester vivre ici où ils ont construit de nouveaux repères. Leur certitude : le flamenco constituera toujours un pilier central dans leur vie.

 

par Bérénice Fuertes